mercredi 4 mai 2011

Mauvais. Mais j'avais besoin.


Quand elle a sonné, je buvais un thé dans mon bureau. Je suis allé ouvrir, m'attendant à un emmerdeur quelconque. Mais c'était elle qui était là, dans une robe rouge, pieds nus, ses talons à la main. Son maquillage avait coulé, elle avait les yeux bouffis, et je me suis senti horrible de trouver que ça lui donnait un charme étrange. Elle hoquetait, restait plantée là, à me regarder, moi l'idiot qui ne comprenait rien. J'ai été pris de panique, est-ce qu'on lui avait fait mal ? Qu'est-ce qui s'était passé pour qu'elle arrive dans cet état, un dimanche, alors qu'elle ne passait jamais à l'improviste ? J'aurai pu lui proposer d'entrer, j'aurai même du, mais son silence me glaçait, son regard me faisait peur, il était noir et triste, comme si toute les petites étincelles qui l'habitaient d'habitude s'étaient éteintes.
Elle a commencé à parler, sa voix noyée de sanglots, et ma tête a explosé au fur et à mesure de ses mots. Elle m'aimait. J'allais me marier avec Hélène dans moins d'un mois, et elle se pointait là pour m'avouer la torture que c'était de m'aimer dans ces conditions. Je ne savais pas, si je devais la prendre dans mes bras, ou la gifler, ou les deux peut-être. Je refusais qu'elle m'aime, je voulais qu'elle arrête de pleurer, qu'elle éclate de rire et me dise que c'était une blague, qu'elle restait mon témoin et qu'elle avait un super discours plein d'anecdotes affreuses sur moi. Je voulais effacer, rembobiner et ne jamais être mis au courant, retourner en arrière, être horrible avec elle, et la caser avec un mec génial, qu'elle me laisse tranquille. J'étais un salaud d’égoïste, évidemment, et elle était là à m'expliquer qu'elle voulait partager des choses avec moi, être là pour moi, être à la place d'Hélène, et que je l'aime, et qu'elle savait, elle savait... Elle savait quoi au juste ? Elle le savait que j'avais mis autant de temps à l'oublier, à faire d'elle une amie, à ne plus penser à elle quand j'étais avec Hélène ? Mais bon sang, c'était quoi cette vie qui faisait tout en décalage ? Je l'avais aimée pendant trois ans. Aimée à en crever, à m'en claquer la tête dans les murs quand elle me parlait de ses copains, à la soutenir quand ils se disputaient, à mettre le masque joyeux quand elle était heureuse. Trois foutues années à me moquer de ses prétendants alors que j'en faisais partie, trois ans à la voir sans arrêt, à tout se confier, en ayant toujours l’espoir qu'un jour tout aille plus loin. Mais c'était quoi son problème, pour venir me voir là, quand justement j'avais réussi à l'oublier, quand j'étais heureux ? J'aurai voulu l'étrangler. Et elle n'y était pour rien. Nous étions deux idiots, qui nous étions ratés. Je savais que j'allais la laisser là, dans sa jolie robe rouge devant ma porte pour toujours, qu'elle resterait telle qu'elle dans mes souvenirs, et que parfois elle me manquerait. Mais les grandes passions font trop mal, et quand on s'en est sorti, on n'y retourne pas. J'ai mis une main sur son épaule. Je l'ai embrassée. Je lui ai dis de ne jamais revenir, que je ne voulais plus la voir. J'ai refermé la porte. La douleur vous rend monstre.

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