Tes pas craquaient dans la neige. Je te suivais, un peu en retrait. Je t'ai toujours suivi. Tu portais ton manteau noir et une écharpe rouge, que j'avais essayé de te tricoter, au début. Un fiasco, mais tu l'aimais bien, parce que c'était moi qui l'avait faite " avec amour". Cela faisait bien longtemps que je ne faisais plus rien avec amour. Deux ans auparavant, j'aurai surement marché à tes côtés dans ce paysage blanc, je t'aurais pris la main, j'aurais chantonné un air de noël. Probablement. Nous n'étions plus il y a deux ans, et je marchais derrière toi.
Nous allions laisser passer les fêtes, puis nous leur annoncerions. Je dirais " Papa, maman, ça ne va plus avec Eric, nous allons divorcer". C'était aussi simple. Une toute petite phrase, un tout petit rien. Fin de notre minable association, fin du contrat. Pas d'enfants, pas de maison de campagne, chacun ses objets de valeur et pour le reste au plus simple. Le partage serait vite fait et bien fait, et en moins d'une journée tu disparaîtrais de ma vie comme si tu n'y avais jamais mis les pieds.
Il n'y avait pas de rancœur entre nous, pas de mensonge. De la lassitude, surtout. C'était la fin, tout simplement, et ça n'avait pas duré longtemps. Nous n'avions rien construit, rien entreprit. Nous avions brassé de l'air avec nos sentiments et notre mariage précipité. "Au moins personne ne sera blessé dans cette histoire", dirait gentiment ta mère, me reprochant au passage une dernière fois d'avoir toujours refusé de lui donner des petits enfants. Merci belle-maman, adieu.
Mais je t'observais, cette après-midi de décembre, traverser le parc enneigé, et soudainement je me sentais effrayée. Depuis ce fameux soir où je t'avais annoncé très calmement que je pensais qu'il valait mieux qu'on ne continue pas, je n'avais jamais douté de cette décision. Pas une fois je n'avais été prise de remords. Tu étais d'accord, c'était parfait. Mais je te voyais, toi, ta silhouette, et l'amour me revint en pleine face. J'avais envie de t'embrasser, de te crier de m'attendre, et de tout arrêter, de stopper ce divorce. Comment pouvais-je vivre sans toi ? Comment te laisser partir ?
Cela a duré quelques secondes. Je suis resté plantée là. Il a commencé à neiger. J'ai respiré l'air glacial, et je me suis dis que j'y arriverais. Après tout, tu étais déjà loin devant.
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